Julien des faunes
Chroniques d'un voyage au bout de la faune entrepris par un personnage plus ou moins romanesque.

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Date de création : 22.10.2011
Dernière mise à jour : 15.04.2014
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Préface

Publié le 15/04/2014 à 23:34 par juliendesfaunes Tags : michel lancelot chroniques voyage au bout de la faune
Préface

 

Préface

Julien des faunes est né dans un grenier, à un âge où l'adolescence laisse la place aux rêves, au désir de découverte, de voyage, de plongée dans le mystère des pays d'où l'on ne revient pas avec la tête posée sur les épaules de la même façon. Dans ses greniers bien réels, mais peut être imaginaires aussi, allez savoir, Julien a découvert mille choses étranges.

Au point d'y perdre la vie.

Ou presque. La raison tout au moins. Mais non, pas complètement.

C'est effectivement dans un de ses greniers qu'il a failli perdre la vie et est devenu Julien des faunes. Ce n’est pas une mince aventure que de perdre la vie !

Il faut dire qu'avec quatre greniers sous la main, dont un dans un Palais féérique à Cannes, avec un jardin fantastique, chargé d’essences venues d'ailleurs, de fruits mystérieux, dont les nèfles que sa sœur lui dit un jour avoir vues et mangées en Algérie, ses zones secrètes et interdites, ses ascenseurs aux ambiances surréalistes, sans compter les animaux préhistoriques qui avaient fait un jour leur apparition dans une des grandes salles de la quatrième cage d'escalier, ou tout au moins leurs squelettes, mais quand on est petit on imagine facilement le reste, et trois autres dans les maisons de ses parents et grand parents, il y avait de quoi perdre quelque peu le sens de l'orientation entre le passé et le futur, les choses d'aujourd’hui et celles d'hier.

Avant son malaise dans le grenier, dont il est sorti vivant, certes, mais changé, changé en Julien, en Julien des faunes, vous l'aurez compris, il avait déjà vu et vécu toutes sortes de choses et de situations, dont une mariée qui s'était cachée dans une malle au soir de ses noces, selon la tradition roumaine, mais que personne n'a retrouvée, ce même soir, avant que Julien, à l’occasion de vacances roumaines, ne l’y découvre, dix huit ans plus tard, des tissus luxueux et du thé, que son oncle fortuné y avait cachés avant la guerre par peur des représailles allemandes, des feuilles de tabac qui séchaient depuis des dizaines d'années, avec lesquelles il a failli s'exploser les bronches, la prothèse de la jambe de son grand père, qui lui a presque sauté à la figure, des flacons de verre et des produits chimiques étranges qu'il aura plus tard l'occasion de manipuler, des peintures en poudre, étranges à ses yeux, dont certaines ressemblant à de la poudre d'or, et d'argent, des plans des guerres Napoléon, les dessins qu'un de ses aïeuls, son arrière grand père, le Général qui arpentait le Maghreb avec sa grand-mère, avait réalisé pendant sa formation à Polytechnique, des robes de sa grand mère dont il ne savait pas qu'un jour, dans la pénombre d'un labo photo, une stagiaire lui avouerait les avoir portées après s'être introduite clandestinement dans le grenier de ladite grand mère, via celui des voisins.

Il y a trouvé les deux épées de son arrière grand père, le Général, contrôleur des armées, encore lui, des fusils qu'il a eu l'étrange idée d'essayer avec ses cousins au risque d'y perdre la vie, et puis tellement d'autres choses. Il a mis le feu dans le grenier où il avait installé un petit labo de chimie avec le fameux matériel, et s'est trouvé penaud et en pleurs dans la salle à manger où ses parents recevaient des amis à dîner, dont son professeur de chimie ; lequel n'a pas manqué de le narguer au cours suivant, devant tous ses copains d'école.

Au sortir de ses greniers, Julien a plongé dans les entrailles de l'Afrique où il en a vu de toutes les couleurs. L'Afrique profonde et mystérieuse, noire et de couleur, comme disait Jean Richard. Il y a attrapé des maladies bizarres, dont certaines peu avouables, mangé du singe et du piton, des chenilles et des sauterelles, découvert avec Emile Hanq les gorilles, les pygmées et le safari quéquette. Ah le safari quéquette ! Une alternative au safari photo, vous l'aurez compris, ou au safari chasse, mais bon, avec un autre charme.

Dans le même registre, il a inventé sur le tard, mais en connaissance de cause, le concept de zizou. Du nom d’un coquelet qu’on lui avait offert mais qui, pour cause de chants intempestifs, n’eut d’autre alternative que de passer à la casserole. Destins croisés.

Il a dormi dans des gourbis et dans des hôtels de luxe, a fait 14 km en marche arrière après s’être embourbé sure une piste trop étroite pour permettre de faire demi tour, s'est ensablé cent fois dans le désert, a provoqué et entendu le chant des dunes dans le Ténéré, côtoyé des esclaves en Mauritanie, joui à l’arrière d’un 4x4 du seul fait d’une caresse furtive dans l’enfer des secousses, navigué 12 jours sur le Nile, passé l'équateur au Zaïre, s'est retourné en land rover, a dessiné une maison pour le président Ahidjo, construit des maisons pour des amis et pour lui, serré les mains d’une douzaine de mineurs de la prison de Porto Novo, qui avaient tous la gale, mais ça il ne s'en est rendu compte après, il s'est fait doubler par une table dans une ruelle de Bamako, pieds en l'air, lors d'un orage terrible, il a côtoyé des apprentis, accompagné des centaines d’artisans dans des processus de réflexion utiles et constructifs, mais touché du doigt, également, la perversité de certains projets de développement, attrapé une hépatite virale au Niger, et il ne vous dira pas comment, volé un enfant dans le Sahel, frôlé la mort quand un ex tonton macoute haïtien en mal de voiture pour fuir la foule qui le pourchassait lui a tiré dessus, traversé le corps d’un mendiant à Dakar, un mendiant qui s’est avéré être virtuel, vous l’aurez compris, paniqué quand les offres de prix d’un vendeur de couteaux suisses qui marchait derrière se sont subitement transformées en un décompte diabolique qui lui a donné à penser que tout allait exploser.

Et pourquoi donc Julien des faunes ? Direz-vous : Julien des faunes est un clin d'œil auJulien des fauves de Michel Lancelot*, pour ceux qui s'en souviennent.

Julien des fauves et Julien des faunes : deux frères, donc. Deux phrères simplistes, aussi, mais ça c’est une autre affaire, liée à un autre livre de Michel Lancelot, dans lequel il était question desphrères simplistes du Grand jeu ; le mouvement créé par René Daumal et ses copains de lycée, à l’époque surréaliste. Voilà la clef de notre affaire.

Clins d’œil, donc. A Michel Lancelot, vous l’aurez compris, et aussi, bien sûr, à André Gide, dont Julien à lu comme tout le monde leVoyage au bout de la nuit, bien des années après son propre voyage. Mais il était quelque part sous le charme du titre et du mystère qui règne autour de ce livre.

 

Les chroniques que nous laisse Julien des faunes suivent le fil de ses voyages,

pour la plupart dans l’Afrique profonde et mystérieuse.Elles en ponctuent le déroulement.Elles en racontent, argument ou expliquent le pourquoi d’un certain atypisme, du hasard des rencontres, de la passion des personnes, de ses amours, …

 

Michel Lancelot : Je veux regarder Dieu en face, Julien des fauves, Campus, Le jeune lion dort avec ses dents. Animateur de l’émission Campus sur Europe 1 dans les années 60.

 

Chronique n°1 : Je m'appelle Julien des faunes

Publié le 15/04/2014 à 23:42 par juliendesfaunes
Chronique n°1 : Je m'appelle Julien des faunes

Il avait perdu connaissance et gisait sur le sol de ce grenier dont il connaissait pourtant les secrets, les moindres recoins, toutes les odeurs, et tous les objets qui y avaient été déposés puis oubliés par ses parents, ses grands parents, ses arrières grands parents aussi. Il en connaissait les odeurs, les mystères, mais aussi lesgénies. Les génies qui, à chaque visite, le transportaient ailleurs, dans ces mondes d’autrefois. Mais cela, il ne le comprendra que plus tard, quand il sera loin des greniers de son enfance, dans ces pays où les génies sont partout, ici et là, au bout de la faune.

Il y était entré mille fois, dans ses greniers, et il y était chez lui. On peut dire qu’il s’agissait de ses jardins secrets, de son monde secret, d’une deuxième vie qui allait se substituer à la première, comme il allait le comprendre quelques instants plus tard ; au sortir de ce malaise. 

Il en avait fouillé les moindres recoins, y avait découvert mille choses et s’y était même souvent assoupi, blotti sur une balle de tissus ou un vieux matelas, l’esprit ailleurs, porté par les génies de ces objets qui somnolaient à ses côtés, perdu dans les sables du Sahara, les pâtisseries tunisiennes, les tombes romaines de Tipaza, la campagne russe, les champs de tabac, …..

Il régnait sur un petit empire riche d’une demi-douzaine de greniers qui lui étaient tous conquis, et dans lesquels il faisait depuis des années ses premiers pas d’aventurier et de conquérant d’un autre monde. Ses greniers constituaient le terreau de sa vie future, mais ça, il ne le savait pas encore. 

Il s’y était toujours senti bien, même quand la peur du noir lui tordait le ventre, au début, quand il y entrait à reculons, envoyé par son père, sa mère, ou l’un de ses grands parents, ou quand des objets de folie lui sautaient à la figure, comme un jour la jambe de son grand père ! 

Il venait d’y être victime d’un profond malaise, d’un étonnant malaise faut-il préciser, qui allait changer sa vie. Il comprit plus tard qu’il n’était pas tombé dans les pommes, mais dans des fruits bien plus mystérieux que de simples pommes, des fruits qui lui étaient inconnus, aux saveurs exotiques, douces, et pimentées, aussi. Ainsi allait-il commencer une nouvelle vie, mais ça, il ne le comprendra que plus tard. 

Au moment où commence cette histoire, il n’imaginait rien de tout cela, il ne savait pas où il était, il ne savait plus qui il était, il avait la tête comme un choux fleur, bombardée du dedans et du dehors par un flot d’images floues, de souvenirs dont il n’était plus certain qu’ils soient les siens. Il avait mal, il avait peur, il avait l’impression de ne plus être lui même. De ne plus être l’enfant d’avant. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait.  

En observant les objets poussiéreux qui semblaient flotter autour de lui, les grosses males en bois blanc, que son père avait fait fabriquer à l’usine, comme les établis de la cave, qu’il utiliserait 60 ans plus tard, dans son propre atelier, et celles en vieux cuir plissé, dont il savait que le contenu, dans un passé plus ou moins passé, avait constitué le quotidien de ses ancêtres, il crut qu’il était en train de mourir. Il sentait que sa vie défilait sous ses yeux et pensait que c’était le signe d’une mort annoncée, engagée, même, prochaine dans tous les cas. Il allait donc mourir pour de vrai, comme dans les livres ou les émissions d’Europe n°1 qu’il écoutait le soir avec ses parents et ses sœurs, du temps ou les radios faisaient de la radio. Ils écoutaient avec passion des émissions sur des voyages étonnants, des aventures incroyables, des jeux qui frôlaient l’impossible, avec des personnages qui racontaient des histoires surréalistes.  

Il voyait les feuilles séchées de tabac suspendues au dessus de lui, comme des chauve souris qui se seraient emparées du plafond du grenier, des feuilles que son père lui raconté avoir accrochées aux solives de la toiture pendant la guerre, quand les buralistes n’avaient plus de cigarettes à vendre et qu’il fallait se contenter du mauvais tabac local. C’était au temps où son père fumait encore. Ces feuilles qu’il avait eu l’idée saugrenue de réduire en miettes, un jour, de bourrer dans une vieille pipe et de fumer. Il s’en était tiré de justesse, transporté d’urgence à la clinique, avec d’épouvantables nausées qui le décidèrent, quelques années plus tard, à les faire disparaître de son univers, et à les jeter à la poubelle. Il venait alors de faire une grave entorse au règlement qu’il s’était fixé de ne jamais dérangé d’un iota l’agencement du grenier de ses parents.  

Il pensait avec délectation aux feuilles de thé noir qu’il avait trouvées dans une belle et grosse boîte en bois, avec une étiquette qui évoquait l’un des meilleurs thés anglais. Il en avait oublié le nom exact. Elles étaient parfaitement emballées dans du papier qui ressemblait à du papier d’aluminium mais n’en était pas, vu qu’il s’agissait là de provisions cachées pendant la guerre, à une époque où l’aluminium n’existait pas encore, tout au moins sous cette forme. Ces feuilles de thé enveloppées dans cet étrange papier métallisé avaient gardé toute leur saveur. Il les consomma avec ses cousins jusqu’à la dernière.  

Les idées revenaient doucement, elles fusaient au fond de ses orbites, ses yeux ne s’y retrouvaient que par bribes, mais petit à petit il retrouvait quelques repères.  

Ses yeux hagards se perdaient dans les gardes robes de sa grand-mère, dans l’une desquelles une amie publicitaire lui racontera plus tard y avoir emprunté des robes qu’elle s’amusait à porter, après s’être introduite avec ses amis du premier étage, dans le grenier de la dame du second, propriétaire du grenier. Et des robes. 

« Des robes de grand-mère » lui dira-t-elle ! 

« Les robes de ma grand-mère », lui répondra-t-il !. 

Cela se passait dans une maison de Haute Savoie où son amie venait passer ses vacances chez les fils du pharmacien. 

« La Dame de Haute Savoie du Francis Cabrel », vous demandez vous ? 

Mais non, pas du tout, la grand-mère de notre personnage, lequel, comme tout le monde, en avait deux. 

« Deux quoi ? » 

« Deux grand-mères, bien sûr, une en Haute Savoie, et l’autre dans le Dauphiné. C’est banal non. Et on ne parle pas de son grand père, sinon on va devoir évoquer Bourguiba » 

« Et pourquoi on parlerait de Bourguiba ? »,vous demandez vous. 

« Parce que Bourguiba, lui, n’en avait qu’une » 

« Une grand-mère ? » 

« Non ! une c….., Mais bon ça suffit, cela n’a plus rien à voir avec nos histoires de grenier »   

Il apercevait avec une certain angoisse, au dessus de lui, des épées qui lui donnaient l’impression de se balancer, de se préparer à tomber droit sur lui, menaçant tantôt son épaule droite, tantôt son épaule gauche, et pire, sa tête, à chaque passage. Sa tête qui lui faisait déjà tellement mal !   

Il savait que ces épées étaient celles de l’un de ses arrières grands pères,Général contrôleur des armées de deuxième division. Un titre qui le faisait rêver depuis de longues années, depuis qu’il avait trouvées ces deux épées au fond d’un coffre en vieux cuir, avec les plans des batailles de Napoléon, que son arrière grand père avait étudiées à Polytechnique, des dessins, des esquisses, les médailles de son arrière grand père, accompagnées d’un beau document attestant de son titre, et même des dessins de nus. 

« Ah » Là, il était scotché. 

« Comment ce grand homme avait-il pu dessiner des nus ? Quelle histoire ! »   

Tous ces documents mystérieux qui l’attendaient depuis près de cent ans dans une vieille malle, tous ces documents qu’il garda précieusement auprès de lui des années durant, qu’il encadra et suspendit au-dessus de son lit, et qui l’accompagnèrent ainsi pendant des années, avec toute cette charge d’histoires, de souvenirs, de familles décalées, et de Loukoums. 

« De quoi ? » 

« De Loukoum, oui, de Rahout Loukoum même, pour être plus précis. Vous savez, ces délicieuses pâtisseries turques »  

Et bien cela vous étonnera peut-être, mais imaginez vous que les loukoums hantent l’esprit de notre personnage depuis des lustres et qu’ils ne sont pas prêts à le lâcher. Des histoires de loukoum, il en a des pagailles à raconter. Ceux que sa mère recevait de certains amis de passage, chargés d’une odeur de Maghreb, ceux qu’il acheta en Turquie, le jour où, dans le livre de Michel Tournier, « Gaspard, Melchior et Balthazar », il en découvrit la recette, donnée au quatrième des rois mages, celui qui était toujours en retard, par un pâtissier enfermé comme lui, dans une mine de sel, à Sodome et Gomorrhe. Ces mêmes loukoums turcs qui, à la frontière suisse inquiétèrent le douanier qui n’eut d’autre idée, apprenant que ce petit paquet qui lui semblait bien lourd pour des bombons, venait de Turquie, que d’imaginer qu’il s’agissait de tout autre chose. Sans compter que la poudre de farine de sucre qui sortait de la boîte n’arrangeait pas la situation. 

Il en a d’autres encore, des histoires loukoums, ceux de Dakar, venus d’Algérie, jusqu’à ceux de Vachères, en Haute Provence, plus surprenants encore, et de surcroît, inépuisables.     

« Et comment donc un Général contrôleur des armées de deuxième division du dix neuvième siècle pouvait-il, un demi siècle après sa mort, avoir une telle emprise sur notre petit homme pris de malaises et de vertiges dans un grenier ? »   

C’est un peu long à raconter, certes, mais quand même, ça mérite quelques explications. Il voyageait beaucoup, notre Général, en cette fin de dix neuvième siècle. Et pas n’importe où. Dans le Maghreb, en Tunisie, en Algérie, au Maroc. Et même en Russie. 

« Bon, certes, mais cela n’a rien d’extraordinaire » 

« Pourtant si ». 

Parce que si sa fille Blanche, la grand-mère de notre personnage, ne l’avait pas suivi partout pendant plus de vingt ans, son général de père, au risque de devenir vieille fille, et bien il aurait vingt ans de plus, notre personnage, et notre histoire ne serait plus du tout la même. Il ne serait pas le fils de son père mais son cousin. Mais bon, là ça devient très ardu. On y reviendra. Et puis il ne serait pas hanté non plus par les loukoums qui n’auraient jamais fait pareille intrusion dans sa vie.  

Tout cela pour dire que sa grand-mère a passé une partie de sa jeunesse et de jeune fille de bonne famille en mal de mari, dans les pas de son père, à le suivre, dans ses missions decontrôle des armées de deuxième classe, donc. Et elle passa son temps à photographier à tour de bras sur des plaques de verre tout ce qu’elle observait autour d’elle. Elle avait un splendide appareil de photo en bois qui, un demi siècle plus tard, était là, rangé dans un des greniers, bien évidemment, à les développer, à les tirer sur papier et à les coller dans des albums que notre personnage montrerait un jour à son petit fils. L’arrière arrière petit fils du Général, si vous suivez bien le fil de cette histoire.   

Vous comprenez pourquoi ses épées de Polytechnique, obtenues avant qu’il ne devienneGénéral contrôleur des armées de deuxième division et arpente le monde, avaient de sens pour notre petit bonhomme étendu, hagard, pensant qu’il allait mourir, sur le sol de son grenier, tant elles venaient de loin et en avait vu de toutes les couleurs. Et plus encore, elles le menaçaient directement, dans ce mouvement de pendule qu’il s’inventait.   

Bref, il était dans un brouillard complet. Un brouillard au fond duquel, pourtant, deux petits yeux semblaient l’observer, le surveiller, le protéger, se disait-il, car ils lui étaient totalement familiers. C’était les yeux du Bibendum Michelin. 

« Vous savez, ce gros bonhomme qui a des pneus tout autour du ventre»  

Ses cousins et lui-même avaient gonflé les chambres à air des pneus de leurs bicyclettes des années durant, avant qu’il ne rende l’âme, ou que le courant ne passe de 110 à 220 volts, ce qui condamna notre Bibendum national à finir sa vie au fond d’un grenier, assis sur le petit compresseur qui ne compressait plus, mais dont le souvenir du ronronnement du moteur, si doux et caractéristique, berçait les oreilles de notre personnage étendu à même le sol de son grenier. 

Les images se succédaient, se bousculaient avec des effets totalement disparates. Il avait l’impression tout d’un coup, dans le flou des images qui lui traversaient l’esprit, de voir surgir la jambe de son grand père. 

« Le fils du Contrôleur des armées de deuxième division » vous demandez-vous ? 

« Non. Le fils d’un pharmacien de Haute Savoie, qui était lui-même pharmacien, d’ailleurs. Et qui était aussi, si vous suivez le fil de cette histoire, le mari de la Dame de Haute Savoie. Vous savez, celle dont les robes …. »  

Bon, on ne va pas revenir sur cette histoire de robes. D’ailleurs il ne s’agissait pas de la jambe de son grand père, quand même, faut pas exagérer. Comment aurait-elle pu atterrir dans un grenier ? Il s’agissait, vous l’aurez deviné, de la prothèse de son grand père, à qui l’on avait coupé la jambe, à la fin de sa vie. Cette prothèse lui avait fait une peu bleue le jour où elle lui était tombée dans les bras, jaillie d’un fond de placard avec un paquet de vieux vêtements qu’il s’évertuait à en extraire pour voir ce qu’il y avait derrière. A mille lieux, vous pouvez l’imaginer, de penser qu’une jambe allait lui sauter au cou. 

« D’où l’expression bien connue : Prendre les jambes à son coup ! » 

« Mais non, cette expression n’a rien avoir avec ça ! «  

« Bon, ça va, mais ça aurait pu, tant il est clair que c’est ce qu’il fit ce jour là »  

Il sentait la poudre du vieux fusil qu’il avait essayé un jour avec ses cousins, dans la colline. Ils avaient pris soin de l’attacher à un arbre pour ne pas qu’il leur pète à la figure, mais n’avaient pas remarqué qu’un mètre cinquante devant, il y avait un petit arbre. Résultat des courses, le fusil a été arraché de l’arbre sur lequel il était attaché et le tronc de l’arbre de devant fut sectionné net, ce qui provoqua la chute de l’arbre qui faillit tomber sur leurs têtes de petits aventuriers d’un soir.   

Il revoyait aussi l’énorme ballot de linges de maison en tissus mordorés luxueux, qu’il avait déniché dans un recoin du grenier et descendu triomphalement dans le salon pour le présenter à ses parents, comme un trophée de guerre. Ils en étaient restés suffoqués, avaient palpés avec attention ces tissus d’une autre époque, des tissus précieux disaient-ils. Ils ne se souvenaient plus d’où ils venaient, ni qui les avait mis dans leur grenier. Ils les disaient être inutilisables, parce que trop fins et délicats, ce qui désolait notre aventurier. Et puis ils se souvinrent qu’ils venaient de l’oncle Antoine, cet oncle fortuné qui avait caché toutes sortes de choses chez ses neveux et proches dont les maisons étaient moins cossues que sa luxueuse demeure qui aurait tout lieu d’attirer les allemands en pleine débâcle. 

Et il les y avait oubliés !  

Il est mort le nez dans une pâtisserie, cet oncle là ! 

« Dans un loukoum ? » Vous demandez-vous. 

« Non, dans une île flottante ». 

Encore que s’il n’était pas mort à Paris, mais à Meknès, où il a passé le gros de sa vie, il aurait pu mourir le nez dans un loukoum, effectivement. 

Mais sa mort aurait été moins belle car les loukoums marocains ne sont pas très bons. Mais là on s’écarte du sujet, encore une fois.  

Dans le même registre, son autre grand père, le frère de l’oncle Antoine, celui donc qui cachait des trucs partout par peur de se les faire piquer par les allemands, avait été plus malin vis-à-vis des risques de représailles par ces foutus allemands en pleine débâcle.   

Il avait une superbe De Dion-Bouton, une de ses voitures de luxe que les grands bourgeois possédaient à cette époque, et vous pouvez imaginer qu’il n’avait pas envie de se la faire piquer. Il avait donc eu l’idée d’en les quatre pneus et les avaient cachés dans l’usine, suffisamment loin pour ne pas être trouvés. Et quand les allemands sont venus chez lui, dans sa belle maison, car ils sont effectivement venus, ces enfoirés, et qu’ils lui ont demandé de lui donner sa voiture, il a un peu résisté, pour le principe, mais pas trop, n’ayant nulle envie de prendre une balle entre les côtes, et s’exécuta. Il les conduisit dans son garage et, devant la voiture sur calles et sans pneus, il s’exclama : « Mon Dieu, j’avais oublié que des allemands sont venus la semaine dernière me prendre les roues ! »  

Mais le comble de cette histoire, ce n’est même pas cette situation rocambolesque avec ces allemands mais le fait que son grand père ait gardé à l’esprit que cette merveilleuse voiture était restée dans la grange. Il en parlait souvent à ses petits enfants, lesquels, vous pouvez l’imaginer, fantasmaient comme des fous à l’idée de la voir, de la toucher, et peut-être de la sortir de la dite grange. Du fond de ce grenier dans lequel il venait de perdre connaissance, notre futur héro se souvenait du jour où Petit grand père, comme ses cousins, cousines et lui-même avaient l’habitude de l’appeler, décida de conduire deux de ses petits enfants, lui même et son cousin Hervé, dans la grange, pour leur montrer sa fameuse De Dion-Bouton.   

Il les tenait fermement par la main, ses petits fils, un à droite et l’autre à gauche, comme s’ils devaient traverser une autoroute. En fait d’autoroute, ils avaient emprunté un des sentiers qui permettaient de rejoindre les terres du bas de la colline, celui qui passait au coin de l’usine et du hangar où était stockés des milliers de balles de bourre. Petit grand père leur racontaient des histoires de voitures, des histoires à faire décoller du sol des petits garçons de 12 ou 13 ans.   

Pourtant les deux cousins avaient l’esprit ailleurs. Tout juste derrière le mur du hangar de l’usine où ils avaient l’habitude de se rendre clandestinement, en passant sur les toits, au risque de leur vie, mais ça ils le comprirent plus tard, après que l’un de leurs amis ait failli, un de ces jours où ils se glissaient dans le hangar, en passer à travers les tuiles, après que l’une d’elle se soit brisée. Les balles de bourre constituaient un fantastique terrain de jeu. Elles étaient rangées par pile de près de dix mètres de haut, ce qui donnait naissance à des collines, à des falaises, des gorges, entre les piles, et des ponts. Les cousins et leurs amis faisaient des sauts de fous, rebondissant sur les balles de laine, se glissaient entre celles-ci, sans se douter qu’elles auraient pu les écraser. Un jour le gardien les surprit dans le hangar et chercha à les en faire sortir mais ils restèrent cachés entre les balles de laine et ne s’en échappèrent qu’un peu plus tard, une fois le gardien parti.      

Ils passèrent devant l’une des deux fermes du bas, celle où vivaient les Tholly, ces paysans qui avaient quelques vaches et ravitaillaient les habitants du quartier en lait frais. Chaque matin, madame Tholly allait de maison en maison avec sa vieille 2CV, chargée de dizaines de litres de lait frais mousseux et crémeux qu’elle déversait dans les berthes ou les bouteilles vides posées devant les portes des cuisines. En ce temps là le lait était bon, crémeux à souhait, ce qui formait une sorte de crème en haut du goulot. Et il était possible de l’acheter ainsi, directement au producteur. Aujourd’hui le lait n’a plus le même goût, il est stérilisé et ne s’achète plus que dans les magasins.  

Ils arrivèrent ainsi, la tête truffée d’histoires de voitures, de lait et de galipettes sur les sacs de bourre de l’usine, devant la grange. La grange que les deux garçons voyaient comme un écrin dans lequel un bijou les attendait depuis plus de vingt ans.   

L’un d’eux, vous imaginez lequel, la voyait plutôt comme un grenier. Un grenier dont, comble des combles, il n’imaginait pas l’existence, alors qu’elle était là, sous ses yeux, à quelques dizaines de mètres sous la terrasse de la maison de ses grands parents. Il ne la connaissait pas et ne l’avait donc jamais visitée et encore moins mise sous contrôle. L’instant était venu d’ajouter ce territoire à son empire.   

Petit grand père s’approchait de la lourde porte, ses deux petits enfants derrière lui, les yeux et les oreilles grands ouverts, pensant peut-être qu’un grondement de moteur allait les accueillir, et pas n’importe quel moteur. Un moteur de De Dion-Bouton ! Imaginez l’ambiance et le bouillonnement dans la tête de nos cousins. La porte s’ouvrit et les garçons eurent un choc. La grange était vide ! Et Petit grand père qui avait plus d’une étourderie à son compte se contenta de dire à nos deux héros terrassés par la déception : « Ca alors, j’ai dû la vendre après la guerre »      

Il en avait plein les yeux, plein la tête, plein le nez, plein les oreilles et tout cela lui faisait mal. Trop d’images qui défilaient, trop de souvenirs qui se bousculaient dans son cerveau meurtri. Les couleurs se confondaient avec celle de la poussière ambiante, la magie de ses lieux interdits dans lesquels on s’introduit la peur aux fesses, en mission commandée, dans le pire des cas, ou en aventurier solitaire prêt à entrer dans une vie d’aventure comme Henry de Monfreid ou le docteur Livingstone, n’était plus du tout ce qu’elle était. Il était pourtant chez lui, ça il le savait.  

Il avait mal au cœur, comme ce jour où, ayant versé de l’eau dans un pot de verre qui contenait du sodium liquide, le mélange avait subitement bouillonné, débordé et enflammé le vieux parquet de bois du grenier dans lequel il avait installé son labo de chimie. 

Lors de vacances passées, il avait récupéré dans un autre grenier, celui de sa grand-mère, en Haute Savoie, un carton rempli de mystérieux pots de verre, de burettes et autres tubes de verre, avec des tas de produits chimiques auxquels il ne comprenait pas grand-chose. Il avait tout emporté chez lui à son retour de vacances et s’était installé un petit laboratoire de chimie dans un coin du grenier, sans eau, vous pouvez l’imaginer, ni la moindre paillasse pour effectuer ses mélanges explosifs. Et cette nuit là, le mélange avait mis le feu au grenier ! Il n’avait eu d’autre solution que de descendre à toute allure les deux étages qui le séparaient du salon dans lequel ses parents recevaient des amis. 

Il déclara, essoufflé et en pleurs, qu’il venait de mettre le feu au grenier, sur quoi le mouvement s’inversa et une poignée de pères paniqués se ruèrent du rez-de-chaussée au grenier, où ils eurent vite fait d’éteindre le brasier.  

Mais le pire était à venir car parmi les invités il y avait, ce jour là, et ce seul jour là d’ailleurs, car la chose ne se reproduisit plus jamais, son professeur de chimie : Monsieur Contamin. Lequel prit un malin plaisir, la semaine suivante, en plein cours de chimie, à raconter à toute la classe comment notre pauvre chimiste en culotte courte avait mis le feu au grenier de ses parents. Juste assez pour lui mettre la honte totale !   

Le souvenir qui le hantait le plus, et brouillait ses pensées, était celui de cette jeune mariée roumaine, qui, selon la coutume, s’était éclipsée discrètement pendant le dîner de ses noces, pour se cacher. Mais personne ne la retrouva cette nuit là, ni dans les jours qui suivirent. On imagina tous les scénarios possibles : fugue, chute dans le fleuve voisin, enlèvement, puis on l’oublia.   

Toutes ces histoires se confondaient avec les greniers de ses grands pères et grands mères, de ses parents, de son oncle d’Afrique, de sa tante dont le mari était notaire, de Cannes, dans les entrailles secrètes et interdites du Palais Beau site, et de Roumanie où il ne savait plus s’il était allé ou pas. 

Les images se bousculaient dans sa tête, défilaient derrière ses yeux, le laissant hébété, détaché de ce qu’il était avant, un peu halluciné par un constat qui prenait le dessus.  

Et puis l’autorail surgit du tunnel, envahit son esprit et sa vision intérieure. Il le voyait amorcer le virage de la fontaine, passer derrière la gare, virer à gauche, en même temps qu’il voyait le train de marchandise de l’autre côté, qui s’engageait du mauvais côté de l’aiguillage. Il savait que l’accident était inévitable et que le choc serait frontal, si rien n’intervenait, si personne ne faisait quelque chose pour empêcher l’accident. Et comme il en était lui-même incapable, il ne restait qu’à fermer les yeux et attendre. Mais ses yeux étaient déjà fermés mais pourtant il vit tout ! Le choc fut violent, l’autorail fut projeté en dehors des rails, la locomotive se coucha sur le côté, les wagons sortirent eux aussi des rails.  

Le brouillard se dispersa, la lumière blanche qui l’avait envahi, chargée de cette foultitude d’images, s’estompait, chassée par le fracas de l’accident des deux trains qui venaient de se percuter. Il cru que tout allait s’écrouler sur lui, les cloisons de bois qu’il avait montées avec son père pour isoler la partie de grenier destinée à son train électrique, le faux plafond en toile de laine de l’usine, les rails, les ponts, les barrières. Les fumées envahirent son champ de vision, chassant progressivement la lueur blanche dans laquelle toutes ces images s’étaient précipitées, bousculées puis évaporées. 

Il sursauta, reprit progressivement ses esprits, puis ouvrit les yeux. Il retrouva ses repères, son univers, son grenier. Mais il restait quelque chose de trouble en lui. Quelque chose qui l’amena malgré lui, instinctivement, à tourner son regard vers les génies des greniers, comme pour les interpeller, pour leur demander de l’aide. Mais ceux-ci ne lui répondirent pas.   

Il se surprit alors à prononcer ces mots qui semblaient venir d’ailleurs, qui l’inquiétèrent, mais que pourtant il articulait très distinctement : 

« Je m’appelle Julien, Julien des faunes, je suis né dans un grenier » 

« J’ai retrouvé cette jeune mariée dans une malle, dix huit ans après sa disparition. J’étais en vacances en Roumanie, chez des amis que mon père avait connus jeune, lors d’un voyage avant la guerre. 

J’avais découvert, derrière une porte que l’on m’avait dit de ne pas ouvrir, un grenier encore plus fou et magique que ceux de mes grandes mères, parents et oncle d’Afrique. Elle semblait dormir. 

Elle était d’une étrange beauté, dans sa robe de mariée poussiéreuse, comme ces corps accrochés aux portes manteaux d’un couvent de Palerme, en Sicile, que Julien avait visité quelques années plus tôt, lors d’un voyage d’école. Ces corps qui se sont parfaitement conservés et que l’on peut voir encore aujourd’hui.  

Elle avait dû s’étouffer avec la poussière, quand le couvercle s’est refermée sur et y était coincée depuis dix huit ans. C’est ce que l’on m’a expliqué quand je suis descendu en burlant et en pleurs dans le salon des amis roumains de mon père pour leur dire que j’avais trouvé une mariée dans le grenier interdit »  

Toutes ses histoires revenaient, lui envahissaient à nouveau la tête, les yeux, l’esprit, le corps entier. Il tremblait, transpirait un peu, malgré la fraîcheur du grenier.  

« Je m’appelle Julien, Julien des faunes, je suis né dans un grenier »

 « J’ai vu des dinosaures dans les escaliers du Palais Beau site, à Cannes, un ancien hôtel construit par les anglais au début du 20ième siècle, comme tant d’autres. Je vous assure que c’est vrai. Ils étaient derrière d’immenses portes vitrées au niveau du premier étage, dans cette quatrième cage d’escalier que nous n’empruntions pas souvent, mes amis et moi, parce qu’elle n’était pas habitée, ne comptait qu’un étage, et parce qu’il n’y avait pas d’ascenseur. Les trois autres cages d’escalier étaient, il est vrai, beaucoup plus magiques et passionnantes. 

Les années passées, il n’y avait rien derrière cette baie vitrée du premier étage. Rien qu’une immense salle vide, sans doute une ancienne salle de réception. Mais cette année là, je vous assure que c’est vrai, il y avait des dinosaures et d’autres animaux, énormes, comme on en voit au cinéma et dans les livres. 

En réalité, il n’y avait que des squelettes, mais nous qui étions à la recherche de trésors dans ce Palais digne des contes de fées, nous avons vu les animaux pour de vrai, je vous l’assure. 

Nous revenions d’un voyage au fin fond du jardin, un peu excités, comme à chacune de nos explorations. Nous nous étions saoulés à l’odeur des fleurs que l’on y trouvait. Des fleurs que l’on ne voyait nulle part ailleurs, hormis peut-être dans les autres Palais de la Côte d’azur. Outre les fleurs, il y avait des bassins étranges, des petits ponts, des essences d’arbres mystérieuses, apportées de leurs colonies par ces drôles d’anglais bâtisseurs de Palais. 

Cachés comme à notre habitude sous le magnolia géant, nous avions goûté les fruits inconnus, et plus particulièrement ceux du néflier, les nèfles, que ma sœur me disait avoir vus et mangés en Algérie, au pays des Loukoums, où jadis mon arrière grand père Général contrôleur des armées de première division, … vous vous souvenez ? » 

« Ah bon ! De première division maintenant ? »Avez-vous envie de dire. 

« Oui, de première division, n’ayons pas peur de lui donner ce titre posthume ; c’est normal, à cause des photographies de ma grand-mère, des épées, des loukoums, et aussi à cause du superbe coffre sculpté qu’il avait rapporté de Russie ». 

« On raconte, dans la famille, qu’il a trouvé ce coffre dans une ferme, lors d’une campagne militaire en Russie, vers 1870, avec des poules dedans. Il l’aurait alors acheté et ramené en France, sur une charrette à cheval, tiré sans doute par les trouffions. Vous imaginez bien que si, entre temps, il n’était pas devenu Contrôleur général des armées de première division, et non plus de deuxième division, il n’aurait jamais pu faire un coup pareil. Foi de son arrière petit fils ! » 

« Et pour tout vous avouer, j’ai discrètement récupéré ce coffre après la mort de ma grand mère en jouant sur le fait qu’elle avait écrit dans son testament, à mon intention, que je pouvais prendre l’un des objets de sa vitrine de souvenirs. 

Aussi, feignant de tout ignorer de la sémantique sur une éventuelle distinction à faire entre un objet et un meuble, j’ai pris le coffre.

Mais revenons aux dinosaures du Palais Beau site. A peine sortis de ce jardin magique, nous avions plongé dans les douves, ces sous-sols sombres et mystérieux où il nous était interdit d’aller, ce qui ne nous empêchait nullement de le faire, sauf quand le concierge nous attrapait avant. Nous avions fait quelques aller retour dans les ascenseurs des trois autres cages d’escaliers pour en éprouver une fois de plus la qualité et le bruit, et nous persuader que celui de notre cage d’escalier était le meilleur. 

Nous avions devisé sur la qualité des voitures de nos pères respectifs : la Panhard du papa de Franck, étrange voiture avec un tableau de bord horrible, la grosse Frégate Renault du papa de Pompon, lourdingue, et la 203 Peugeot transformable de mon père, splendide, avec son toit qui ouvrait complètement et que mon père avait équipé d’une petite bâche à rayures bleu et blanc pour nous protéger du soleil. 

Et voilà que nous nous retrouvions nez à nez devant une centaine d’animaux tous plus gros les uns que les autres ! Et parmi eux, des dinosaures ! Ma mère nous raconta plus tard qu’ils venaient d’un musée voisin qui était en réfection et dont les collections avaient été dispatchées dans les quelques grands espaces voisins disponibles » 

 Je m’appelle Julien, 

Julien des faunes, 

Je suis né dans un grenier

 


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